Bogotá – Dans les couloirs feutrés de l’hôpital universitaire Fundación Santa Fe de Bogotá, une révolution silencieuse est en marche : pas de robots ou d’IA dernier cri, mais des accords, des harmonies et des rythmes. Et si la musique – art par essence immatériel – était l’un des leviers clés pour ré-humaniser la médecine moderne ?
Des notes qui soignent plus que l’âme
La publication scientifique 36530717, issue d’une équipe menée par Mark Ettenberger et Nayibe Paola Calderón Cifuentes, explore un territoire trop souvent négligé par la recherche clinique : le rôle des expériences artistiques et en particulier de la musicothérapie dans l’humanisation des soins hospitaliers.
Dans un contexte où les systèmes de santé sont sous tension – surcharge, burn-out des équipes, éloignement des valeurs humaines – cette étude propose de considérer l’art non pas comme un supplément d’âme, mais comme un outil stratégique de transformation des pratiques.
Humanisation : un concept, une urgence
L’« humanisation des soins » n’est plus une idée abstraite. Poussée par les attentes des patient·es, les besoins de mieux-être des soignant·es, et l’intégration croissante du care, elle est désormais un indicateur de qualité. Pourtant, les initiatives concrètes restent rares.
C’est ici qu’intervient la musicothérapie : plutôt que d’être cantonnée à une activité accessoire, elle est pensée comme un « pont » entre l’expérience clinique et l’expérience humaine de la personne soignée.
Sept croisements entre musique et soins
L’article identifie sept intersections clés entre la pratique de la musicothérapie et les piliers d’un modèle de soins centré sur la personne :
- Réduction du stress et de l’anxiété : la musique module l’environnement émotionnel du ou de la patient·e.
- Renforcement de la relation patient·e-soignant·e : l’art devient vecteur de dialogue, au-delà des mots médicaux.
- Personnalisation des parcours de soin : les interventions musicales s’adaptent aux besoins individuels.
- Amélioration du climat hospitalier : les espaces deviennent moins intimidants, plus humains.
- Soutien aux proches : la famille n’est plus spectatrice, mais un acteur émotionnel de la prise en charge.
- Outil complémentaire de gestion de la douleur : certaines modalités musicales peuvent atténuer la perception de l’inconfort.
- Création d’un récit partagé : l’art aide à donner du sens au passage par l’hôpital.
Ces intersections ne sont pas anecdotiques : elles répondent à une demande croissante de sens et de dignité dans les parcours de soins, souvent passés sous silence dans les indicateurs classiques.
Au-delà de l’efficacité clinique : une culture de soin
L’originalité de l’article n’est pas tant dans l’évaluation d’un « effet thérapeutique » -bien que celui-ci soit documenté ailleurs pour l’anxiété ou la douleur – mais dans la philosophie institutionnelle qu’il promeut : penser l’art comme stratégie organisationnelle.
Ce positionnement est disruptif. Dans une logique RSE (Responsabilité Sociétale des Organisations) appliquée à la santé, intégrer la musique relève autant d’une innovation sociale que d’une initiative de bien-être au travail, impactant patient·es, proches et équipes.
Penser l’art comme infrastructure de soin
L’hôpital n’est plus seulement un lieu de traitements biomédicaux : il se conçoit comme un écosystème de sens. Dans ce modèle, l’art, la musique, le théâtre, les arts plastiques deviennent une infrastructure culturelle du soin, à l’instar des salles d’attente ou des parcours de consultation.
Et si la performance hospitalière future n’était pas seulement mesurée en taux de guérison, mais aussi en qualité de présence, soutien émotionnel et dignité humaine ? C’est cette ambition que traduit l’article et qu’il revient maintenant aux décideurs de concrétiser.
