Au-delà des traitements, de nouvelles formes de prévention prennent corps à travers des programmes culturels participatifs.
Le constat : au-delà des traitements, penser prévention
Les maladies cardiovasculaires et le diabète de type 2 figurent parmi les premières causes de décès évitables dans le monde. Elles résultent d’un ensemble de déterminants, comportements de santé, facteurs métaboliques, stress, environnement social , dont l’interaction complexe a été solidement documentée par les sciences de la santé publique.
Traditionnellement, la prévention repose sur des leviers bien connus : activité physique, nutrition, dépistage, prise en charge médicale. Mais dans un contexte où les facteurs psychologiques et sociaux (stress, isolement, sédentarité) représentent une part importante du risque, une question ambitieuse émerge : et si la culture participative faisait partie de la réponse ?
Ce que montre la recherche internationale
Un large travail de synthèse international, piloté par le Jameel Arts and Health Lab et publié dans Nature Medicine, révèle que les programmes artistiques ne sont pas seulement agréables : ils sont efficaces pour prévenir l’apparition de maladies non-transmissibles majeures, dont les maladies cardiovasculaires, le diabète et certains cancers.
L’analyse de près de 100 études issues de 27 pays montre que des activités comme :
- la musique et le chant,
- la danse,
- le théâtre et la narration,
- les initiatives artistiques communautaires (jardinage culturel, projets collectifs, etc.)…
…favorisent des comportements favorables à la santé, renforcent la participation sociale et améliorent l’appropriation des messages de prévention.
Ce n’est pas un simple effet « bonus » : ces programmes peuvent amplifier l’impact des campagnes de prévention, accroître l’engagement des populations et réduire certains risques comportementaux associés aux maladies chroniques.
Mécanismes , un pont entre science et expérience
Plusieurs éléments expliquent ces bénéfices :
1. Engagement physique et cognitif
La danse, la musique ou le théâtre sollicitent le corps et l’esprit, réduisant la sédentarité, renforçant la coordination et la perception de soi , des facteurs associés à un meilleur métabolisme et une réduction du risque cardiométabolique.
2. Renforcement du tissu social
La cohésion, la création collective et l’expression partagée diminuent l’isolement, le stress et favorisent des comportements de santé durables.
3. Éducation en contexte créatif
Intégrer des messages de prévention dans des formats artistiques rend ces messages plus mémorables, culturellement adaptés et accessibles, notamment pour des populations traditionnellement moins engagées dans les dispositifs de santé classiques.
4. Valorisation identitaire
Le lien entre pratiques culturelles ancrées dans une communauté et santé renforce aussi l’équité en santé, un principe clé des stratégies RSE visant à réduire les inégalités.
On voit ici un parallèle avec des données plus anciennes, mais cohérentes, selon lesquelles la fréquentation d’activités culturelles est associée à une réduction de la mortalité toutes causes, y compris cardiovasculaires.
Implications pour les acteurs RSE et les décideur·euses
Ce type de résultats exige une redéfinition stratégique de la prévention :
- RSE territoriale : les politiques culturelles ne sont plus périphériques à la santé. Elles deviennent des alliées des stratégies territoriales de prévention, en particulier dans les zones à faible accès aux soins ou à forte vulnérabilité sociale.
- Innovation dans la promotion de la santé : la culture comme vecteur d’éducation sanitaire permet de toucher des segments de population habituellement réfractaires aux messages traditionnels de prévention.
- Equité et inclusion : les programmes artistiques participatifs peuvent réduire les écarts d’accès à la santé en créant des espaces d’engagement pour tous·tes.
- Synergies arts–soins : intégrer des pratiques artistiques dans les démarches de santé publique ouvre des voies disruptives pour les établissements de santé, les communautés locales et le tissu associatif.
Du savoir à l’action : comment concrétiser ?
Pour aller au-delà de l’intention et faire de l’art un vecteur de santé publique tangible :
1. Intégrer l’art dans les stratégies de prévention
Créer des programmes structurés (musique, théâtre, danse) dans les politiques municipales de santé, en collaboration avec les acteurs culturels locaux.
2. Co-construire avec les populations
Plutôt que d’importer des formats tout faits, co-concevoir des projets avec les publics concernés pour assurer pertinence culturelle et impact réel.
3. Mesurer et itérer
Développer des indicateurs d’impact santé (adhésion, comportement, biomarqueurs) pour démontrer la valeur ajoutée et ajuster les programmes.
4. Articuler avec les systèmes de soins
Positionner ces initiatives comme complémentaires à la médecine préventive, en créant des passerelles (référencement, ateliers en établissements de santé, parcours intégrés).
Conclusion : une révolution discrète mais essentielle
Cette étude et les recherches connexes n’invitent pas à remplacer les approches classiques de prévention, mais à étendre l’écosystème de la santé publique. Quand la musique, la danse, la narration deviennent des outils scientifiquement validés pour prévenir les maladies qui tuent le plus, nous tenons un champ d’innovation immense, à la croisée de la culture, de la santé et des stratégies RSE.
C’est une chance pour les dirigeant·es, les collectivités, les artistes et les professionnel·les de santé :
La culture cesse d’être un « supplément d’âme » pour devenir un levier de transformation sociale et sanitaire.
